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Le palais de la Renaissance PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Administrator   
Mardi, 16 Août 2011 10:10

 

 

Premier grand travail architectural de Jacques Du Broeucq et premier château homogène de style Renaissance construit dans les Pays-Bas, le château de Boussu représente une étape importante dans l’histoire de l’art et de l’architecture au XVIème siècle.
Son aspect nous est connu grâce à des gouaches réalisées par le peintre valenciennois Adrien de Montigny pour le compte du duc Charles de Croy. Celles-ci sont à présent conservées à l’Osterreichische Nationalbibliothek de Vienne.
L’une d’elles, datée de 1598, montre le château tel que le peintre a dû le voir lors de son passage à Boussu, tandis que les quatre autres, réalisées vers 1607, proposent quatre élévations et coupes détaillées des lieux tels que le commanditaire aurait pu se les imaginer.
Aussi intéressantes soient-elles pour l'aspect général de la construction, les gouaches se montrent peu fiables au niveau des détails parfois différents, pour un même élément, de l'une à l'autre. Leur exactitude est impossible à vérifier, si ce n'est grâce aux informations recueillies lors des campagnes de fouilles archéologiques.
Né vers 1570, l'auteur n'a, de toute façon, pas pu connaître le château dans son intégralité. De plus, il faut noter que la coupe transversale, montrant la façade nord sur cour, représente une aile qui n'a vraisemblablement jamais été achevée. Il paraît donc fort probable qu’Adrien de Montigny ait utilisé des documents aujourd'hui disparus ou bien qu'il ait pu voir, en particulier, une maquette de présentation que l'on pouvait ouvrir en son centre, montrant la section des ailes. Parmi toutes les gouaches des vingt-cinq Albums de Croÿ connues aujourd'hui, œuvres d'Adrien de Montigny et de son atelier, les quatre gouaches du château de Boussu apparaissent en effet comme ses meilleures du point de vue de la représentation architecturale.
Contemporains du prestigieux édifice, plusieurs visiteurs en parlent tous de manière très élogieuse. Gaspar de Vega, architecte de Philippe II d’Espagne, rapporte au roi que le château de Boussu est ce qu’il a vu de mieux au cours d’un voyage à travers la France, les anciens Pays-Bas et l’Angleterre : « J’étais à la maison de Boussu pendant une demi-journée, et je promets à Votre Majesté que c’est le morceau d’édifice le mieux traité et le mieux travaillé que j’ai jusqu’à maintenant vu ici et là… » .Loïs Guichardin, quant à lui, complété par Pierre Dumont L’Ancien, le décrit ainsi :   « le château de Boussu, œuvre célèbre à cause de sa rare architecture…Toute sortes d’artisans, chacun en son art, y trouvent assez de quoi s’émerveiller… » Calvete de Estrella ajoutant pour sa part : « résidence somptueuse, digne d’un roi et des plus belles qu’il y ait dans tout le pays… »


Le plan de l'implantation du château

 



La demeure de Jean de Hennin-Liétard est entièrement entourée d’eau comme le prouve la présence de plusieurs étangs dont les noms sont mentionnés dès le Moyen-Age, l’étang du château, l’étang d’en Haut, l’étang d’en Bas ainsi que le vivier l’Evêque également dénommé vivier Frésin. Ces différents plans d’eau, toujours visibles en 1746, seront progressivement comblés durant la seconde moitié du XVIIIème siècle comme le démontrent les comptes de la seigneurie de Boussu pour les années 1792 à 1796 (Archives conservées au château de Chimay).
Les prairies étaient anciennement des étangs du château que l’on a asséchés par des fossés de distance en distance ce qui a opéré une division en soixante parties et qui sont louées par le terme de six ans.
Cette résidence comporte quatre ailes autour d’une cour centrale. Des angles extérieurs partent quatre grosses tours carrées. Un châtelet, construit en annexe, précède le château; il est constitué d’une entrée monumentale encadrée de deux puissantes tours.
Une galerie relie les entrées du châtelet et de la résidence seigneuriale qui se trouvent dans le même axe prolongé d’une part, au-delà de la cour centrale et de son imposante fontaine, jusqu’à une île de plan circulaire reliée à l’aile septentrionale par un pont et d’autre part, côté sud, au-delà du premier pont-levis, bordée de deux rangées d’arbres et délimitée par des murs latéraux, par une allée qui court jusqu’à l’église paroissiale St-Géry ou plus précisément la chapelle funéraire des Seigneurs.
Un deuxième axe, perpendiculaire au premier, relie le châtelet et un jardin-île de plan rectangulaire à l'ouest, accessible par un pont partant de l'extrémité sud de la galerie d'entrée ; la basse-cour se trouve, également, sur ce même axe, à l'est de la pièce d'eau entourant le château.


Les Matériaux utilisés


L’analyse minutieuse des gouaches d’Adrien de Montigny et une visite des ruines du châtelet et du site archéologique qui le jouxte, prouvent que Jacques Du Broeucq a opté pour l’appareillage mixte de pierre et de briques, les toits étant couverts d’ardoises. La pierre est réservée aux soubassements, aux chaînages d’angle, aux cordons, aux encadrements des portes et des fenêtres, des pignons et frontons, aux balustrades ainsi qu’à tous les éléments portants. Dans la relation de son voyage aux Pays-Bas, Pierre Bergeron écrit en 1619 : «  chasteau basty de brique, des plus beaus des païs ... »


Le châtelet d’entrée

 

 

Le châtelet, figuré sur la gouache d’Adrien de Montigny, réalisée en 1598, est constitué d’un bâtiment d’entrée encadré de deux puissantes tours en brique de cinq niveaux, avec chaînages d’angle de pierre à bossages rustiques et corniche à modillons sculptés sur bandeau, se présentant comme de puissantes tours d’artillerie. Cet aspect est d’ailleurs renforcé par les canonnières visibles sur les murs de la galerie. On se trouve ici, résolument, dans une architecture de représentation.
L’élément le plus remarquable de cette façade principale est sans conteste l’arc de triomphe en pierre situé en son centre. Son motif, une travée alternée à ordre majeur toscan, à bossages rustiques et en pointe de diamant dans la frise, comprend, dans les trumeaux latéraux, deux grandes niches surmontées chacune d’un oculus sur piédouche tandis qu’au-dessus de l’arcade, le linteau clavé est constitué de pierres à bossages. On y accède par un pont-levis protégé par un boulevard, dispositif très à la mode, dans le comté de Hainaut, à cette époque. Un passage voûté, en plein cintre, conduit à la galerie qui aboutit à l’entrée du château.


La basse-cour

 


Sur cette gouache de 1598, on peut voir, au sud-est, un vaste bâtiment constitué de trois ailes disposées en U, à usage de basse-cour. Il s’agit d’une construction soignée, à trois niveaux, dont un étage sous comble, édifiée dans le même appareillage que le château lui-même et utilisée, en partie, en tant que brasserie banale comme le mentionnent les comptes du domaine de Boussu pour l’année 1792.
L’aile longeant la rue du Moulin existait toujours en 1967, quand une grande partie a été rasée lors de la réalisation du lotissement à front de cette rue.


Le château

 

 

Le bâtiment central, ou demeure seigneuriale, se présente sous la forme d’un vaste quadrilatère entourant une cour centrale, un gigantesque complexe castral de plus de cent mètres de côté, parfaite illustration du projet mégalomane voulu par son commanditaire.
Aux angles extérieurs s’élèvent quatre grandes tours de plan carré couronnées de toitures à bulbe que surmonte une statue girouette. L’entrée se fait, après franchissement d’un second pont-levis, par un passage voûté pratiqué au centre de l’aile sud. En son centre, celle-ci est surmontée d’une tour de plan carré coiffée d’une lanterne, elle-même de plan circulaire. De part et d’autre, un escalier rampe sur rampe donne accès aux différents niveaux de cette aile. Les façades extérieures ont toutes une composition rigoureusement symétrique dominée par les lignes horizontales, si l’on excepte une construction en ressaut, surmontée d’un toit terrasse, visible sur l’aile est, et une chapelle à plan polygonal, en appendice, au centre de l’aile ouest, donnant probablement sur la grande galerie.
Les quatre ailes sur cour étaient reliées au niveau du rez-de-chaussée, surélevé, par une galerie à colonnades donnant accès aux appartements et surmontée au premier étage de galeries fermées. On peut considérer ces niveaux comme étant les deux étages nobles de la résidence, avec en-dessous, l’étage des offices à demi-enterré, côté cour.
Au centre de l’aile nord, une galerie voûtée que surmonte un grand escalier, à rampes convergentes, bordé d’une balustrade, avec sphères ornementales sur les piédestaux, semble se diriger vers un entresol. Alors que les autres ailes sont couvertes de toits en ardoise à double rampant animés de deux rangées de lucarnes disposées symétriquement et surmontées de cheminées monumentales, celle-ci est couverte, sur toute son étendue, d’un toit terrasse bordé d’une balustrade, vraisemblablement une terrasse à banquets très à la mode à cette époque mais étonnamment aussi usitée sous nos latitudes qu’en Italie.

 

Historique


Dès 1540, Jacques Du Broeucq, architecte de cour de la reine Marie de Hongrie et maître artiste de l’empereur, est chargé par Jean de Hennin-Liétard, premier comte de Boussu, membre de l’Ordre de la Toison d’Or, premier et grand écuyer de l’empereur Charles-Quint, de la construction d’un nouveau château répondant aux exigences nouvelles de ce siècle, le langage à l’antique, et éclipsant, par son faste et sa décoration, les plus belles demeures de son temps. Il est en effet destiné à illustrer le bon goût et le désir de prestige de son illustre propriétaire. Il s’agit d’un des premiers chefs-d’œuvre de l’architecture de la Renaissance construit au nord de la Loire.


Si aucun document d’archive concernant cette construction ne nous est hélas parvenu, des témoignages concordants lui en accordent cependant, de façon certaine, la paternité. Ainsi Guichardin : « Jacque du Broeucq…Fameux architecte qui ordonna Boussu… » ; Pierre Bergeron : « Jacques du Broeucq, grand sculpteur et architecte fut celui qui en ordonna la structure… » .


Dans les comptes de 1545, relatifs à la construction du château de Binche, il est d’ailleurs appelé « Maistre des ouvraiges à Boussu… » .

Sensibilisé, tout comme son commanditaire et grand protecteur, au courant de la Renaissance, il réalise à Boussu un chef-d’œuvre architectural dans lequel la synthèse des influences italiennes-le classicisme romain en particulier-et bellifontaines-le maniérisme de la cour de François Ier- sont manifestes. Il s’agit sans conteste d’un monument exceptionnel, le plus important de la Haute Renaissance dans les Pays-Bas, un jalon dans l’histoire de l’architecture européenne.

 

Table de fondation

 

La première pierre de cet édifice est posée le 24 mars 1539 ainsi que nous l’apprend l’inscription suivante retirée des ruines en 1810, placée sur la façade latérale et dégagée lors du déblaiement effectué en 1991 : « Anno  dni MDXXXIX die XXIIII martii positus est primus lapis huyus aedificii ».La traduction française, reprise sur une seconde pierre plus petite, réalisée au XIXme siècle, dit : « l’année 1539, le 24 mars, fut posée la première pierre de cet édifice ».

Dans le comté de Hainaut, à cette époque, le « style de Pâques » étant toujours d’application, il faut donc comprendre 1540 puisque le jour indiqué tombe avant le dimanche de Pâques.


En 1545, vers le 2 février, l’empereur Charles-Quint séjourne dans le comté de Hainaut. Il en profite pour rendre visite à son ami Jean de Hennin-Liétard et admirer sa somptueuse demeure encore en construction .Il lui offre un Hercule d’argent de douze pieds de haut dont lui a fait présent François Ier. Charles-Quint, pour cette occasion, est accompagné de grands seigneurs de sa cour. Le banquet offert en son honneur fut, paraît-il, des plus fastueux. L’empereur se plaît à Boussu et décide, dès lors, d’y passer la nuit. Il ne se rend que le lendemain à l’abbaye de Saint-Ghislain, déléguant au festin du soir quelques courtisans dont le prince de Condé.


Le 4 septembre 1549, Philippe II, lors de son voyage aux Pays-Bas, où son père le fait reconnaître comme successeur, vient, à son tour, visiter le château de Boussu dont on vante partout la somptuosité.


Vincente Alvarez, grand panetier de Philippe II, en parle de la manière suivante: « Sa Majesté demeura deux jours à Mons et Elle alla manger chez Monsieur de Boussu, grand écuyer de sa Majesté, qui possède à deux lieues de Mons, une très belle demeure encore inachevée. L’endroit s’appelle Boussu, il n’est pas très grand et les gens y sont pauvres.
La femme du grand écuyer était là et offrait un bon repas à Son Altesse et à tous ceux qui l’accompagnaient...
».


Cette visite marque Philippe II qui envoie, par la suite, son architecte Gaspar de Vega à Boussu afin de s’inspirer des lieux.

En 1550, les travaux ne sont toujours pas achevés car dans les comptes de Binche on relève la phrase suivante: « A Maistre Hans Wisrutter, escrignier allemand, pour aller à Boussut quérir les hostieulx de son frère maistre Michel... ».

1554:Charles-Quint passe à nouveau au château de Boussu car la guerre vient de reprendre avec la France et il part visiter toutes les places fortes situées à proximité des frontières. L’accueil est, une nouvelle fois, très fastueux et donne naissance à la légende suivant laquelle le seigneur de Boussu aurait mis le feu à son château, sous les yeux de Charles-Quint, précisant qu’après la visite d’un hôte aussi illustre, personne n’était plus digne d’y pénétrer.

Lors de la restauration du château en 1810, le comte Maurice de Caraman fait placer, sur la façade, une pierre portant l’inscription : « Brûlé en 1554 » afin de perpétuer la tradition locale.


Cet incendie volontaire est bien entendu une fable et ce, pour les raisons suivantes :


a) à l’époque de la restauration, le Romantisme naissant influence les idées et ne peut qu’amplifier un tel événement.


b) pourquoi le seigneur de Boussu aurait-il attendu la deuxième visite impériale pour incendier son bien?


c) Charles-Quint, en guerre avec Henri II, ne va pas laisser brûler un château aussi important, situé dans la vallée de la Haine, couloir traditionnel d’invasion de l’armée française.


d) l’année suivante, l’empereur élève la terre de Boussu au rang de comté, aurait-il agi ainsi envers un domaine ruiné ?


e) Guichardin a visité le château après la mort de Jean de Hennin-liétard, il en vante la splendeur mais ne fait nullement mention de cet incendie volontaire.


Par contre, quelques jours après le passage de Charles-Quint, les troupes françaises, emmenées par le jeune roi Henri II, auraient assiégé le château, et l’auraient brûlé partiellement, fait aujourd’hui mis en doute par certains historiens.


Il faut cependant noter que c’est durant cette même campagne que seront détruites les deux autres oeuvres architecturales de Jacques Du Broeucq, les châteaux de Binche et de Mariemont.


Après cet épisode guerrier qui a ébranlé les Pays-Bas et plus particulièrement le comté de Hainaut, les travaux reprennent sous la direction de l’architecte.

Le 6 novembre 1558, Philippe II, traversant notre région, est reçu au château de Boussu par Jean de Hennin-Liétard, devenu comte de Boussu en 1555 et membre du Conseil d'Etat quelques semaines auparavant.


Juillet 1572, Jean d’Angeste, baron de Genlis, à la tête d’une bande de Huguenots, veut opérer sa jonction avec les troupes du prince d’Orange qui occupent Mons depuis le 25 mai 1572. Frédéric, fils du duc d’Albe, veut barrer le passage de la Haine aux Français. Il envoie une compagnie à Saint-Ghislain tandis qu’une autre prend position au château de Boussu. Les Huguenots, rejoints à Hautrage, sont massacrés par l’armée espagnole, supérieure en nombre et mieux organisée.

Grâce à la gouache de 1598 nous disposons d’un état des lieux à la fin du siècle. Le châtelet, la galerie, l’aile sud, en partie, et l’aile est  sont intacts. Par contre, l’aile ouest est réduite au niveau du rez-de-chaussée et on ne distingue pas l’aile nord. Cette vue est cependant très instructive car elle permet de connaître l’aspect du châtelet et de la barbacane, montre le jardin situé devant le château et fait apparaître, sur la droite, un grand bâtiment en forme de U, la basse-cour.

Mais il est fort probable, comme on peut le déduire de l’analyse de cette gouache, qu’une partie du château soit restée inachevée comme semble, par ailleurs, le préciser Pierre du Mont l’Ancien qui écrit, que le château  « à cause de la mort du fondateur, & les troubles survenuz, n'a peu parvenir à sa pleine perfection, & jusques icy hors d'esperance d'y pouvoir parvenir… »

Avis que confirme Constantin Huygens dans son Journal de voyage, daté du 23 mai 1676 : « L'apresdisnee j'allay voir avec Albrantsweert le chasteau de Boussu qui est d'un grand dessein, mais lequel n'a esté executé qu'en partye »

En 1610, le château étant très fortement endommagé par le temps et les différents sièges, Maximilien II de Hennin-Liétard décide d’y entreprendre des travaux de restauration. A cette fin, sont employés divers matériaux destinés à terminer l’édifice et non utilisés jusqu’alors. Les travaux entrepris ne semblent pas de grande envergure et sont d’ailleurs stoppés à la mort du comte survenue le 8 décembre 1625.

Les matériaux inemployés sont alors vendus par sa veuve Alexandrine-Françoise de Gavre. Une grande quantité de marbre blanc partira ainsi pour l’église de l’abbaye des Dunes pour la somme de sept mille six cents florins.

L'histoire des quatre colonnes en marbre provenant du château de Boussu, qui se trouvent maintenant de part et d'autre des entrées du déambulatoire de la collégiale Sainte-Waudru à Mons, peut également servir à illustrer ce problème particulier. Comme le prouvent les comptes de la fabrique de Ste-Waudru, les colonnes ont été acquises, en 1626, par le chapitre de Sainte-Waudru grâce aux deniers légués par testament de Madeleine d'Egmont, chanoinesse, fille de Lamoral, comte d'Egmont et de Sabine de Bavière. Dans ces comptes figurent des quittances très précises détaillant leur voiturage de Boussu à Mons :


« A maistre Jaspar Tahon, distributeur, et Christophe Malapert, maistre des ouvraiges, pour avoir été au dit Boussu pour faire marché desdits pilliers, ayant employé trois jours à viij s. chacun. Icy ensemble pour le tout.... xxiiij lt. »

« A Jehan Maurnault pour avoir charié par trois jours enthiers, les colonnes avecq leurs dépendances, de Boussu jusques au rivaige du dit lieu payé.... xxj lt. »

« A Michel Heneline, navieur, pour avoir voituré les pilliers de marbre et diverses aultres parties que l'on avoit acheté de Madame la Comtesse de Boussu, en la ville de Mons..... xxiiij lt. »

 

 

Mons, collégiale Saint-Waudru, colonnes provenant du château de Boussu

 

Leur provenance est d’ailleurs confirmée, par François Vinchant dans ses « Annales du Hainaut » parues en 1632. Chaque colonne, en marbre blanc, est posée sur un socle orné de sculptures de trophées d'armes d'exécution remarquable et du blason de la famille d'Egmont, vraisemblablement ajouté lors du rachat, en souvenir des donateurs. La partie supérieure est couronnée par un chapiteau de type corinthien, décoré de têtes d'animaux ailés, lui-même surmonté d'un socle en marbre noir frappé des armes d'Anne de Bourgogne, épouse de Jean de Hennin-Liétard, comte de Boussu. La grande qualité de l'ensemble nous fait penser que les quatre colonnes ont vraisemblablement fait partie du décor d'un des espaces d'apparat les plus prestigieux du château.

1655, l’armée française, dirigée par le jeune Louis XIV, s’empare de Condé le 18 août et assiège ensuite le château de Boussu et la ville de Saint-Ghislain. Les Français, dirigés par le vicomte de Turenne, attaquent le château au canon le 21 août. Le régiment wallon de Don Pédro Zévala repousse victorieusement l’assaut mais doit céder le lendemain après un combat très meurtrier.

Le roi Louis XIV s’y installe alors dans un appartement du premier étage tandis que le cardinal Mazarin loge, quant à lui, au second étage. Le chancelier Letellier, secrétaire d’Etat, s’est installé, pour sa part, dans une maison proche du château.

C’est du château de Boussu que le roi suit donc le siège de Saint-Ghislain alors que le comte de Boussu, aux services des souverains espagnols, comble d’ironie, se trouve, quant à lui, dans la ville assiégée.

Dom Jérome Marlier, abbé de Saint-Ghislain, demande à rencontrer le souverain afin de lui faire part de sa crainte tant pour la ville que pour l’abbaye, elle-même, qui risquent d’être, gravement endommagées, lors de cette attaque. Baudry, dans ses « Annales de l’abbaye », précise que « l’abbé ne pouvait avoir audience de Sa Majesté avant d’avoir parlé au cardinal Mazarin qui avait son quartier au second étage du château au-dessus de celui du roi. Un gentilhomme le conduisit à la galerie de cet étage où il le fit rester en attendant qu’il aurait informé Son Eminence de son arrivée... ».

Finalement, la ville se rend, sans trop de dégâts, et la capitulation est signée, dès le lendemain, au château.

Mars 1657, les Espagnols contre-attaquent et Don Juan d’Autriche,  gouverneur des Pays-Bas, s’établit au château de Boussu avec une garnison de huit cents hommes, bientôt renforcée par des troupes commandées par le prince de Condé. Le château devient une nouvelle fois le quartier-général d’où l’on dirige le siège de la ville de Saint-Ghislain. Le 21 mars, la ville se rend et la capitulation est signée dans les ruines de l’église d’Hornu.

1673:dans le registre des décès de la paroisse Saint-Géry, copié à la fin du XVIIIème siècle par le chanoine Paul Wins, on peut lire qu’en décembre, « l’armée étoit de septante mille hommes et a tout ruiné... ».

1674:dans le même registre, un commentaire précise : « l’année des Allemands, grande et pernicieuse guerre ».

Lors de ces troubles, on constate, toujours dans ce  registre, de nombreux décès d’habitants survenant au château, décès probablement causés par le manque d’hygiène et la promiscuité. Une note, semble-t-il postérieure, a été ajoutée et nous apprend que « dans ces temps de guerre, beaucoup de monde se retirait au château de Boussu pour y être à l’abri du pillage... ».

Après 1674, ces décès deviennent très rares, ce qui tend à prouver que la plus grande partie du château est ruinée et que la population ne peut plus y trouver refuge.

Constantin Huygens le Jeune, secrétaire du roi Guillaume III d'Orange, de passage à Boussu, le 23 mai 1676, nous décrit ainsi sa visite : "L'apresdisnee, j'allais voir avec Albrantsweert le chasteau de Boussu qui est d'un grand dessein, mais lequel n'a esté exécuté qu'en partye. Au-dessus d'une fort grande porte par la quelle l'on entre, il y a trois bains où l'on a mis force marbre, comme à toute la maison ; au milieu de la cour, il y a une fontaine de marbre dont le bassin est soustenu par trois filles nues, mais pas trop bien faites. De l'architecture du dit chasteau, pour les ornements, reste peu de chose. Sur les hauts des cheminées et les dessus des portes, on trouve la devise des comtes de Boussu 'Je y seray Boussu'". Cette demeure est extrêmement en désordre, les comtes de Boussu d'apresent estant très peu accomodés", conclut-il.

 

 

Le 24 mai, lundi de Pentecôte, l'armée quitte Boussu pour le camp de Ghlin. L'après-midi, Constantin Huygens se rend à Mons, en compagnie de Hans Willem Bentinck et raconte : "L'apresdisnee, Bentinck me fit demander si je voulois venir avec lui à Mons pour voir des statues antiques que l'on offroit de vendre. Y estant allé en suite avec luy et Lavergne, qui devoit estre le moyenneur, nous vismes ces figures qui estoyent des bustes modernes faits en Italie et estoyent au comte de Boussu, successeur du comte de Boussu, qui avait fait bastir le chasteau susmentionné et avoit esté au sac de Rome...".

Ces notes précieuses nous confirment qu'en 1676, le château est presque à l'abandon, dans un état de grand désordre et que les comtes de l'époque vendent de nombreux ornements, devenus inutiles, vu l'état des lieux de même que les nombreuses autres propriétés qu’ils possèdent et peuvent habiter.

Automne 1676, nouvelle offensive française, l'armée de Louis XIV installe autour du château et dans la campagne environnante, un immense camp de toiles qui s'étend jusqu'au village de Thulin. A cette occasion, une gravure est réalisée: outre le campement lui-même, on distingue le château, le châtelet, mais pas la galerie, les jardins et les douves. Ce plan présente la particularité d'être orienté au sud.

Octobre 1677: le duc de Villa Hermosa met la région sur pied de guerre. A la requête du duc d’Aremberg, bailli du comté de Hainaut, deux canons sont envoyés à Boussu pour protéger la garnison du  château. Ceux-ci s’avèrent insuffisants car il tombe à nouveau aux mains des Français en décembre.

1678: Paix de Nimègue: les Français abandonnent Saint-Ghislain et Boussu et quittent toute la région.

Juin 1690: la guerre reprend avec la France. L’armée française envahit notre région et installe une garnison au château.

Durant cette nouvelle période d’occupation, un ingénieur militaire de cette garnison réalise un plan très minutieux des lieux. Il s’agit d’un relevé très précis, d’une valeur historique assez extraordinaire. Ce plan illustre parfaitement et confirme l’ampleur des bâtiments que l’on peut voir sur les gouaches réalisées par Adrien de Montigny. Tous les détails apparaissent: le plan carré, les tours d’angle, la galerie, le châtelet, les douves, les jardins...

De plus, cet ingénieur a poussé le détail jusqu’à colorier différemment les parties habitables ou ruinées, les retranchements ou les constructions  plus tardives.

Le 18 septembre 1692, un tremblement de terre relativement violent secoue la région et provoque l’éboulement d’une partie des ruines.

1697: Paix de Riswich suivie de l’évacuation du château par les Français qui y reviennent en février 1701.

Dans le registre des décès évoqué plus haut, se trouve un élément particulièrement  important qui nous apprend que  « le 6 novembre 1702, mourut au matin Jean Houtte, carpentier, masson et couvreur, étant fort blessé à la teste, et les reins rompus tombant du deuxième estage du chasteau en le démontant et dont il endura des griefs douleurs l’espace d’un mois... ».

L’état du château est donc tel, qu’en 1702, il est devenu nécessaire de démonter une partie ou l’entièreté du deuxième étage qui, en ruine, menace probablement de s’effondrer.

Août 1706, un corps de cavalerie française commandé par Maximilien, Electeur de Bavière, occupe le château durant plusieurs semaines. En 1708, une contre-attaque autrichienne permet la prise de Saint-Ghislain et de Boussu, mais le retour des Français est déjà effectif quelques semaines plus tard.

Septembre 1709, après la défaite française à la bataille de Malplaquet, les armées alliées reprennent le château le 10 septembre.

1714, nouvelle étape dans le démantèlement d'une partie du château : « ...vente et retrait des matériaux tirés de la masure du château de Boussu et vendus à trop vil prix par Monseigneur le Prince de Chimay… »

Le 11 mai 1745, bataille de Fontenoy et victoire des Français. Ceux-ci s'emparent du château de Boussu et font le siège de Saint-Ghislain qu'ils ne peuvent investir. Ils reviennent en juin 1746, commandés par le prince de Conti et investissent Boussu et Saint-Ghislain en juillet. De cette campagne, subsistent de nombreux plans au Service Historique de l'Armée de Terre à Vincennes ainsi qu’à Mons (BUEM) et à Bruxelles (AGR).

Les archives du Greffe de Boussu nous apprennent, pour leur part, que le régiment de cavalerie de Saint-Simon s'arrête au château le 28 mars 1748. La population boussutoise doit leur fournir six cents rations de nourriture.

Du 6 août au 11 novembre 1748, les cavaliers du régiment de Clermont-Tonnerre sont cantonnés au château. Le village leur fournira plus de trois mille rations. Le 30 janvier 1749, c'est au tour du régiment de Rohan, suivi en février par le régiment de Navarre. Ce sont là les derniers faits d'armes que connaîtra le château.

En effet, par la paix d'Aix-la-Chapelle (1748), nos régions vont enfin connaître une période de paix durable sous le règne de l'impératrice Marie-Thérèse. Par cette paix, le beau château ruiné glisse peu à peu dans l'oubli.

Cependant, le curé-doyen Paul Wins (+ 1834) écrit dans une notice qu’il a dédiée au comte Maurice de Caraman que ses ruines sont encore appelées « Belle-Montre » par la population locale : « Château de Boussu, Belle Montre, tel était le dictum que l’on répétoit sur son compte quand il ne lui restait plus que la carcasse de ses bâtiments... ».

Il affirme également avoir visité des ruines encore fort imposantes au temps de sa jeunesse: « il présentait  encore une attitude respectable dans ses ruines... » dit-il. Et P.Baert ajoute : « Ses ruines nous donnent encore une idée de sa magnificence passée... ».

Le châtelet d’entrée, quant à lui, est encore en très bon état à la fin du XVIIIème siècle car il a été continuellement occupé par les lieutenants du bailli, les receveurs particuliers et un concierge qui pourvoient à son entretien. La solidité des murs qui ont à certains endroits 3 m d’épaisseur et le rez-de-chaussée voûté et « à l’épreuve des bombes » ont également contribué à la bonne conservation de cet élément.

Une lettre du 5 mai 1792 de monsieur Deuxchamps, conseiller et inspecteur général des magasins de bois, nous apprend l'existence d'une convention passée avec monsieur Du Rosoir, intendant, pour le bois à prendre dans la basse-cour du château de Boussu, ainsi que pour réduire, en bois de  cordes, le bois de charpente provenant de la démolition du château de Boussu. A l'arrivée des révolutionnaires français, le démantèlement est une nouvelle fois arrêté et le château est, comme tous les biens de la noblesse et du clergé, confisqué et mis sous séquestre.

Il est repris, dans un avis du 19 ventôse an III, comme bien des domaines nationaux mis en location pour des termes de trois, six ou neuf ans. Voici le texte du décret officiel :


« Commune de Boussu. »


«  Les débris d'un ancien château du ci-devant Prince de Chimay, qu'occupoit Antoine Durieux, ci-devant Bailli de Boussu, avec environ un bonnier de jardin potager, qui, depuis plusieurs années, n'a pas été cultivé, et quelques parties de prairies et d'osiers, et un espace de terrain incultivable et infructueux, à cause des débris et matériaux d'un vieux bâtiment tombé en ruine ».

 

 

Mise à jour le Mercredi, 14 Mars 2012 13:23
 
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