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Le château aux 19e siècle et début du 20e siècle PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Administrator   
Mardi, 16 Août 2011 10:17

Description extérieure

 

 

L’aile sud est essentiellement constituée du châtelet de la Renaissance transformé en habitation grâce à des matériaux prélevés dans les ruines du grand château, arasé en 1810, sur ordre du comte Maurice de Caraman. Perpendiculairement à celle-ci, un bâtiment central a été construit sur l’assise de la galerie qui joignait, primitivement, le châtelet au château.
L’aile nord, quant à elle, a été bâtie en annexe et sera profondément modifiée, en 1875, lors de l’adjonction d’une chapelle néo-gothique en pierres blanches de France et d’une tourelle du même style.
La façade de l’aile sud a gardé son remarquable porche d’entrée conçu par Jacques Du Broeucq au XVIème siècle. Deux niches contiennent des statues monumentales, en terre cuite, de l’empereur Charles-Quint et du roi de France François Ier, rivaux de toujours, mais curieusement associés à Boussu.


Description intérieure


On connaît les importants travaux de restauration réalisés, en 1810, à la demande de Maurice de Caraman. Par contre, une description de la fin du XIXème siècle, parue dans le Journal de Boussu et du Borinage détaille les remarquables collections (meubles, porcelaines, tableaux, bibliothèque,...) amenées en ces lieux par les comtes de Nédonchel ainsi que les nombreux aménagements intérieurs réalisés par ceux-ci.
En pénétrant dans le château par la porte principale, c'est-à-dire par la porte qui ferme désormais l'arcade au centre de la façade sud, on se trouve dans un vestibule aménagé dans l'ancien passage central du châtelet. Plus avant, à droite, un nouvel escalier en marbre blanc, rampe sur rampe à moitié tournante, mène au premier étage ; il a été construit au nord de l'ancien châtelet,  à la jonction avec l'ancienne galerie supérieure. A gauche, au rez-de-chaussée, se trouvent les cuisines et leurs dépendances, ainsi qu'une petite salle à manger. Dans le fond, à droite et à gauche, des dépendances ainsi que des chambres pour les domestiques ; au-dessus, dans l'entresol, se trouve une suite de chambres petites et basses, habitées par les propriétaires du château. La façade arrière donnant sur le jardin, à l'emplacement du mur nord de la galerie d'accès du château Renaissance, est ornée en son centre d'un portique à colonnes, flanqué de tourelles à escalier en vis donnant accès aux étages.
Le premier étage renferme l’ensemble des appartements d'apparat : salle à manger, salle de billard, bibliothèque et salon. La salle à manger, qui est voûtée, se trouve derrière la façade principale ou sud : elle correspond vraisemblablement à la pièce au-dessus de l'ancien passage central du châtelet. Le texte déjà cité évoque un mobilier dit « moderne » et des objets d'art de grande valeur : trois énormes potiches en porcelaine du Japon, rouge et or, montées de bronze, de vieux portraits et des vases en porcelaine de Chine ; dans les armoires au mur, du cristal, de la vaisselle de porcelaine de Tournai et de Chine dont un, à décor bleu, est aux armes de Nédonchel avec cimier et tenants. Le comte de Nédonchel possédait, en effet, une collection remarquable de porcelaine.
A droite de la salle à manger, donc au premier étage d'une des tours, se trouvait l'appartement de la marquise de Courtebourne, et à gauche, dans l'autre tour, celui du roi Louis-Philippe, qui y logea lorsqu’il est venu visiter le champ de bataille de Jemappes.
La bibliothèque, riche de milliers d’ouvrages anciens, occupait toute la largeur du château,  prenant jour sur les deux côtés de l’édifice : peut-être faut-il la situer au-dessus de l'ancienne galerie au rez-de-chaussée.
Le grand salon qui suit se trouve derrière la façade nord, occupant donc l'extrémité du château opposée à la salle à manger. De style empire, il renferme une belle série de grands vases chinois, des consoles de bois sculpté, une belle table, un travail de Boule, etc. Le salon communique avec l'appartement d'honneur d'une part et avec la chapelle d'autre part : le premier est déjà visible, à droite de la façade nord, dans une lithographie de 1825, tandis que la dernière, de style néo-gothique, a été construite en 1875. Au-dessous d'elle se trouve le garde-meubles disposé en petit musée ; il renferme deux meubles de Trumeau, genre Boule, deux grands cabinets en laque de Chine à tiroirs, deux grands cabinets du XVIIème siècle, quelques groupes et statues en chêne sculpté, un grand bas-relief en albâtre, des croix de procession, la crosse de l'abbesse de Maubeuge, et divers autres objets précieux collectionnés avec passion par le comte de Nédonchel.

 

Description du parc

 

 

Lors de la restauration des lieux commencée en 1810, le comte Maurice de Caraman fait redessiner le parc « à l’anglaise » comme il était de mode à cette époque. Un plan terrier de 1834, dressé par l’arpenteur François Roelandt nous confirme avec détails tous ces aménagements du jardin pittoresque qui garde un lien avec le jardin Renaissance, même si dans son dessin, la place qu’occupe la terre ferme par rapport à l’eau a été inversée : la pièce d'eau dans laquelle s'élevait le château Renaissance est en effet devenue une pelouse.
La ceinture d'eau sert également à affirmer la position centrale de la maison de plaisance, installée dans l'ancien châtelet du XVIème siècle, car contrairement aux coutumes de l'époque, celle-ci n'est pas située en bordure du jardin pittoresque, mais elle en constitue véritablement le centre.
Autour d'elle se dessinent de nombreux sentiers volontairement sinueux, offrant une promenade variée aux vues savamment composées, agrémentées par des fabriques, des massifs ou des groupes d'arbustes, et des solitaires. Tout comme dans le jardin de la Renaissance, l'axe qui relie le château à l'église reste privilégié, son tracé, légèrement courbé, s'intégrant parfaitement dans la nouvelle composition : l'entrée principale du jardin, marquée par une clôture en fer à cheval flanquée de deux pavillons, est toujours précédée d'une allée bordée d'arbres. A cet axe de vue s'en ajoutent de nombreux autres, mettant en valeur la maison de plaisance, les fabriques, la végétation, l'eau  et le paysage au-delà de la ceinture. Par exemple, la vue sur des prairies situées au nord du domaine, entre les douves et le "grand courant", louées pour y faire paître des vaches, a dû plaire aux amateurs du paysage champêtre très en vogue à cette époque.
Si les accidents de terrain, souhaitables dans un tel parc, manquent cruellement, l’eau est par contre toujours présente. Le domaine est agrémenté d’un vaste circuit de douves et l’humidité constante du sol, due à la proximité de la vallée marécageuse de la Haine, rend la végétation très luxuriante.
Voici la description qu’en a fait A. Dinaux : « le parc est dessiné à l'anglaise, mais avec beaucoup de simplicité ; le sol étant malheureusement fort plat, ne se prête à aucune de ces combinaisons heureuses qu'offrent au dessinateur les accidents naturels du terrain ; du reste, on a tiré le meilleur parti possible de belles et grasses prairies qui s'étendent jusqu'aux rives de la Hayne, voisine elle-même de l'embranchement du canal de Condé à Mons, que M. de Caraman, digne descendant du fameux Riquet, a contribué à faire percer, et dont il est encore aujourd'hui actionnaire. Un célèbre paysagiste a dit : « l'eau est l'âme d'un paysage et d'un parc » ; Boussu a selon moi beaucoup trop d'âme. Le sol y est un peu bas, et une certaine humidité s'y fait constamment sentir. D'un autre côté, comme nulle chose n'est ici bas sans compensation, ce défaut est racheté par une grande puissance de végétation et par une fraîcheur perpétuelle qui émane du sol et qui semble défier les chaleurs les plus cuisantes de la canicule. Quelques fabriques, entre autres un joli kiosque oriental, des petits ponts, des vannes, des barrières, des corbeilles de roses et de dahlias, rompent l'uniformité des pelouses toujours vertes. »
« Dans un des recoins du parc s'élève un obélisque funèbre sous lequel reposent sans doute les restes d'un membre chéri de la famille ; plus près du château on aperçoit un cippe moderne en marbre où l'on a gravé les dates suivantes en lettres d'or :
25 juin 1800
24 juillet 1804
24 janvier 1807.
Ce simple monument a été élevé par la reconnaissance et la piété filiale ; les jours qu'il indique sont des jours néfastes ; ces espèces de tablettes funéraires montrent l'heure où la vie cessa d'animer la mère, le père de M. de Caraman, et le prince de Chimay, son oncle et bienfaiteur ».
On ne connaît malheureusement pas l’emplacement de ces deux petits monuments depuis longtemps disparus.

Après être passé à la famille tournaisienne des comtes de  Nédonchel, en 1836, le parc perd sa partie méridionale, suite à l'installation, en 1842, de la ligne de chemin de fer Bruxelles-Paris, qui ampute le domaine de près de deux hectares. Dans le prix de vente de soixante mille francs sont d’ailleurs  compris une indemnité pour « arbres fruitiers, forestiers et d'agrément, taillis haies, plantations d'asperges ; murs de clôture, de la melonnière et des couches ; dépréciation des parcelles situées au-delà de la ligne ; moins-value d'une glacière, d'une serre chaude, de deux aubettes et du logement du garde ; dépréciation du parc et de la propriété en général ; entraves à la circulation ». De plus, « l'Etat devra clore le parc par un grillage en fer forgé reposant sur un soubassement en maçonnerie recouvert de tablettes en pierre de taille et l'entretenir ; le cédant conservera, de droit, le passage actuel par l'entrée principale du parc, à pied ou avec chevaux et voiture ».
Quant au reste du domaine des seigneurs de Boussu, il est réduit, par des ventes successives, durant tout le XIXme siècle, pour ne plus compter que douze hectares, superficie qu’il conserve encore actuellement.



Historique


Le château, propriété de Philippe-Gabriel de Hennin-Liétard, comte de Boussu et prince de Chimay, ayant été, comme tous les biens nobles, confisqué et mis sous séquestre lors de l’arrivée des révolutionnaires français, il s’ensuit une longue période de semi-abandon. Celle-ci amène, en 1810, le comte Maurice de Caraman, héritier de la terre de Boussu, à faire araser les ruines de la résidence Renaissance, entièrement ruinée, tout en conservant le châtelet qui va, dès lors, servir d’assise à la nouvelle construction.
Le 25 août 1826, le duc d’Orléans, futur roi de France sous le nom de Louis-Philippe Ier, vient installer le duc de Chartres comme colonel de Hussards à la garnison de Valenciennes. Il en profite pour rendre visite à son ami Maurice de Caraman et séjourne, au château, durant quelques jours.
Après la mort du comte Maurice  de Caraman, survenue le 3 septembre 1835, le domaine est mis en vente par ses filles, Elisabeth-Victoire et Mathilde, habitant la région parisienne. Il trouve acquéreur en la personne du comte Eugène-Joseph de Nédonchel le 22 décembre 1836, par acte passé devant le notaire Thomeret de Mons. Le château, le parc, les prairies ainsi que les rivages de la Haine formant un ensemble de plus de cent hectares sont vendus pour la somme de cinq cent mille francs, à laquelle s’ajoutent trente mille francs pour « les arbres et plantations actuellement croissant dans le potager, les prairies, le parc du château de Boussu… » Eugène-Joseph de Nédonchel meurt le 11 juin 1860, à l’âge de 83 ans, et c’est son fils Georges qui hérite du domaine.
Quelques années plus tard, celui-ci y entreprend d’importants travaux parmi lesquels le renouvellement de l’ensemble des toitures ainsi que la construction d’une chapelle néo-gothique, au nord de l’édifice.
Le jeudi 22 août 1889, la Société Historique de Tournai, dont le comte Georges de Nédonchel est le président, vient, sur son invitation, visiter le château. Les membres y sont reçus à dîner et admirent longuement les collections de porcelaine ainsi que l'imposante bibliothèque. Ils se rendent également à l'église Saint-Géry et à la chapelle funéraire des Seigneurs de Boussu.
Il leur est ensuite montré « différents objets d'antiquité.. ; [dont] un certain nombre qui présentent un grand intérêt local : ce sont ceux qui furent découverts dans les prairies de Boussu et qui peuvent servir à l'histoire de cette commune... ». Il n'a pas été possible d'identifier ces objets. Peut-être s'agit-il de ceux qui ont été trouvés, en 1842, sur le site, lors du creusement de la ligne de chemin de fer ?
Après cette journée, le comte de Nédonchel  écrit à un des visiteurs : « Si le temps n’avait pas été aussi limité, je me serais fait un plaisir de vous montrer le château en détail. Toute la partie avancée est voûtée et à l’abri de la bombe, et il y a tout un étage de casemates d’où l’on braquait les canons pour la défense ?
Les fenêtres, actuellement larges de deux mètres, étaient jadis étroites et de simples meurtrières pour les arquebusiers. Les souterrains assez vastes servaient de prison et l’on voit encore dans les murs les anneaux auxquels on attachait les prisonniers ».

 

 

 

Georges de Nédonchel meurt le 8 décembre 1901, âgé de quatre-vingt-huit ans. Sa fille Caroline, seule héritière, religieuse chez les Carmélites, décide de vendre les riches collections de son père afin de distribuer l’argent recueilli à des œuvres caritatives. Elle charge le notaire Glorieux de Tournai de s’occuper de la vente.
Les plus grands experts belges de l’époque sont consultés. Un catalogue de soixante-sept pages est constitué pour la vente des objets d’art qui se déroule au château les 27, 28 et 29 octobre 1902. Un autre catalogue de cent quarante pages est plus particulièrement destiné aux livres de la riche bibliothèque dont la vente a eu lieu à Gand du 3 au 6 mars 1903. Ces deux ventes qui réunissent, l’une comme l’autre, des pièces rarissimes attirent antiquaires et bibliophiles de plusieurs pays.
Le château, pratiquement vidé, n’est plus que très rarement habité. Après la mort de Caroline, en 1905, il revient au marquis Eugène de Chabannes et à la mort de celui-ci, en 1907, à son fils Georges.
Après son mariage, en 1911, avec Pauline Langlais de Chevry, le nouveau propriétaire remeuble une partie du château et vient y passer quelques mois, chaque année, à la bonne saison.

Mise à jour le Mercredi, 14 Mars 2012 13:24
 
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